RSS

Interview de Serge HAYAT

16 Juil

Promise depuis quelques temps, voici l’interview de Serge Hayat, co-foncdateur de People For Cinéma.

L’interview porte sur l’aventure People For Cinéma et évoque le « Premier Cercle ».

J’espère que cette première interview réalisée pour le blog vous plaira. De mon coté, je souhaite qu’il s’agisse que de la première d’une série, les acteurs du crowdfunding cinéma sont nombreux et ont surement bien des choses à nous faire partager.

L’interview est publiée ci-dessous et aussi sur une page qui restera définitivement à la une du blog (sous le menu « Interviews »). SI vous souhaitez réagir, n’hésitez pas à le faire dans les commentaires de cet article.

https://crowdfundingcinema.wordpress.com/interviews/interview-de-serge-hayat/

Je remercie S. Hayat pour sa disponibilité.

Interview Serge HAYAT

L’aventure P4C

P4C est créé en 2009 alors que vous étiez impliqué dans le domaine du financement des films bien avant. Ce projet a mis longtemps à naître ?

Le projet est naît rapidement après la rencontre avec Simon Istolainen. Le premier film est mis en ligne début 2010 alors que l’idée est développée au printemps 2009.

La rencontre avec S. Istolainen a-t-elle été décisive ? Comment s’est fait cette rencontre ? Qui a contacté l’autre ? Convaincu l’autre?

La rencontre est décisive. J’ai rencontré Simon par l’intermédiaire d’une de mes élèves de l’ESSEC, où j’ai créé la chaire media & entertainment

Elle connaissait mon souhait de me diversifier dans mon métier de financeur de cinéma, et Simon venait de quitter MyMajorCompany et souhaitait s’orienter vers d’autres activités.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec des distributeurs plutôt que des producteurs comme TousCoprod à cette époque ?

Il y a déjà à l’origine le choix d’une rétribution financière de l’internaute plutôt que d’offrir des contreparties. Il s’agit de la culture de Simon qui était développé dans MyMajorCompany. J’étais et je reste convaincu que le modèle financier de rétribution sur la production est impossible. Il y a trop de prévente sur les différents supports d’exploitation (qui viennent réduire les recettes futures (note du blog)) et les financements des distributeurs vient aussi ponctionner les futures et éventuelles recettes des producteurs.

Le premier film présenté est « Le siffleur » qui est distribué par Europacorp et est destiné à être un succès populaire. Ce film avait été choisi pour être une locomotive ? Pensiez-vous tenir là le bon film pour faire du buzz autour du site (comme MMC et « Grégoire » ?)

« Le siffleur » n’est pas un choix volontaire de premier film mais sa date de sortie a déterminé sa position. Il n’était pas programmé particulièrement comme une locomotive. D’ailleurs je n’ai pas vu venir son succès en demi teinte. Il a bénéficié de salles pas toujours adaptées au public visé.

Mais ce film, qui fait penser à une vitrine, n’est pas le reflet des autres projets du premier semestre 2010 (« Brothers » « Enter the Void » « Dog Pound » « Les petits ruisseaux »). « Les petits ruisseaux » est un bon exemple de ce que P4C était capable d’offrir : un projet avec un point mort faible, un jackpot atteint et la participation d’un internaute au tournage. On ne retrouvera jamais cet esprit après. Pour quelles raisons ?

On retrouvera cet esprit tout au long de la vie de P4C (il y a eu la participation à la soirée chiffres pour « Les infidèles » et l’interview d’I. Carré par un internaute par exemple) mais leur visibilité était peut-être moins grande et la participation des internautes est devenu un usage.

Les films indépendants étaient prévus dès l’origine. « Enter the void » est un film très ciblé et un très beau projet tout comme « dog pound ». « Brothers » est pour moi une immense déception. Il s’agissait d’un très bon film têtes d’affiches, comme « Le siffleur » mais qui n’a pas fonctionné.

L’absence de promotion en France a été fatale au film. Le distributeur a fait ce qu’il a pu mais aucun talent de l’équipe ne s’est déplacé en France pour donner des interviews, les relations publiques s’en ressentent. Et les exploitants de salle voyant l’absence de visibilité du film dans les médias ne proposent pas beaucoup de salles ! Cela réduit considérablement l’exposition et donc le succès du film.

Pour P4C, la principale conséquence est une précaution accrue sur les projets étrangers.

En suivant la chronologie par date de sortie de films, « Itinéraire bis » est le premier film à ne pas remplir sa jauge à 100% Cela a-t-il éveillé quelque chose à P4C ?

Non. Rien n’a changé pour P4C.

Les contrats avec SND étaient intéressants sur le « papier » avec une hausse brutale des gains en cas de réussite du film. Êtes-vous à l’origine de ce contrat ? ou est-ce SND ?

Je suis à l’origine de ces contrats. A l‘origine les points morts étaient trop élevés. Donc pour afficher des points morts bas avec une certaine rentabilité, j’ai proposé que l’objectif soit raisonnable mais sans gains en dessous de cet objectif avec en revanche un vrai gain au dessus de l’objectif. SND a accepté après avoir adapté la proposition à la législation. On a même proposé exceptionnellement un DVD pour tous les internautes participant au projet.

Vous avez joué de malchance sur ces films en particulier pour « Underworld » qui a eu beaucoup de succès dans de nombreux pays sauf en France.

Oui, aucun des projets sur cette formule n’a fonctionné, on donc arrêté.

Avec « Les infidèles » on voit apparaître des jauges très importantes (300 000 €) ? Cette augmentation des jauges était une demande des distributeurs (une sorte de ticket d’entrée pour valider le partenariat) ou cela avait été t’il voulu par P4C pour aussi augmenter son chiffre d’affaire ?

Oui il s’agit d’une demande des distributeurs notamment Mars qui allait sur des gros films, et qui était un partenaire historique du site, et la volonté de P4C de pérenniser son modèle économique. Il fallait faire deux fois plus de chiffre d’affaire pour que P4C soit monnayable.

D’où aussi différentes idées de partenariat.

D’ailleurs, il est surprenant que le partenariat avec Allociné n’est pas fonctionné !

Oui, le partenariat avec allociné n’a pas marché malgré leurs efforts car généralement les internautes vont sur ce site après la sortie des films, il était donc trop tard pour qu’ils misent sur P4C.

« Les Kaira » était aussi un gros projet mais qui n’a jamais réussi à convaincre. Ne pensez vous pas être passé à coté de quelque chose de porteur avec cet échec de votre collaboration avec Gaumont ?

« Les Kaira » a été un projet compliqué. Il est difficile pour P4C de travailler avec des grands distributeurs comme Gaumont ou même UGC ou Pathé. L’argent n’est pas un problème pour eux et les contacts sont donc différents.

Les points morts des films devenaient de plus en plus hauts et participaient à une certaine grogne sur le site. Peut-on dire que les distributeurs vous voyaient arriver ?

Non . Certains projets ont un point mort qui augmentent. Les bons projets sont rares donc les distributeurs se l’arrachent. Et donc les distributeurs doivent investir plus pour les obtenir, les points morts augmentent donc. Et P4C a toujours cherché ces mêmes bons projets. Donc l’augmentation des points morts est naturelle et conforme à l’économie actuelle du cinéma.

De plus des sociétés de distribution comme Mars ont modifié leur line-up (catalogue (note du blog)) en se positionnant sur de plus gros projets donc cela a aussi joué dans l’augmentation des points morts.

Dans la négociation des contrats, y a-t-il eu des « packages » c’est-à-dire que certains films étaient imposés si vous en souhaitiez d’autres ?

Jamais.

Je pensais à « Arrête de pleurer, Pénélope » par exemple ?

« Arrête de pleurer » est un film avec une cible très précise donc un vrai film de quitte ou double. Je pense que c’était un bon deal. Il existait une communauté suite au succès de la pièce et le public visé était bien défini.

Des projets ont été abandonnés à un stade plus ou moins avancé. Par exemple « Sport de filles » (sur l’affiche du film on voit le logo P4C). Quelles sont les raisons des abandons ? Si le projet vous paraissait pas intéressant dès le début pourquoi tenter de négocier ? Aviez-vous un besoin de présenter toujours plus de projets ?

Au fur et à mesure des discussions on sentait venir le projet qui aurait du mal à décoller sur P4C. Plutôt que de présenter un mauvais projet auquel on ne croyait pas, on préférait ne rien faire. On avait besoin de présenter de nombreux projets, mais il fallait qu’ils aient une chance de dépasser le point mort.

MMC publie une formule de rémunération pour son projet « Piégé ». Pourquoi P4C n’a-t-il jamais été plus précis sur ce sujet ?

La formule des gains P4C est non linéaire. Il y avait un accélérateur et un « déccélarateur. Les internautes gagnaient en général plus que le distributeur si le film atteignait son point mort. Par contre il gagnait moins si le film était un gros succès. Mais dans la courbe des gains proposée, jusqu’au point mort, les internautes gagnaient plus que le distributeur. C’était l’objet même des négociations !

Quelles sont les raisons de la fin de P4C ?

En tous cas la fin de P4C sous sa forme initiale. Le modèle économique tel qu’il existait n’était pas viable. Il y a eu aussi le départ de Simon, qui s’occupait de la gestion opérationnelle de la société et qui avait l’expertise « web ». On a aussi atteint la limite du modèle financier avec des contrats de plus en plus compliqués à négocier. Vient s’ajouter les modifications du marché avec par exemple le changement de line-up chez Mars, avec qui on travaillait beaucoup, qui s’intéressait de plus en plus à de gros films.

Pourquoi le montant de la vente de P4C est gardée secrète alors que par exemple le montant de rachat par Octopousse par Ulule est connu ?

C’est un choix de P4C et d’Ulule. De plus dans ce montant il y a une partie variable.

L’APRES P4C

Vous avez activement participé au lancement du « premier cercle » de Ulule, êtes-vous contractuellement lié à Ulule ?

Oui. Je suis chargé d’apporter des films, ce qui est mon métier !

Êtes-vous tenté par une nouvelle expérience sur le web ?

Pas vraiment. Je ne suis pas « web-natif ». Je trouve ça intéressant c’est une opportunité pour moi.

Vous êtes un professionnel du financement du cinéma avec votre SOFICA ou votre activité dans 123 Capucine, pensez-vous qu’il existe un lien possible avec ces activités financières/crédit d’impôts qui s’adressent à un public réduit et le grand public auquel s’adresse le crowdfunding ? P4C est-il le seul modèle possible de participation active (en se plaçant au niveau de la distribution) à la réussite d’un film ?

Je ne crois pas à la participation du grand public au niveau de la production avec des contreparties financières.

Vos premiers avis sur l’aventure « Premier cercle » avec Ulule ?

Le « premier cercle » fait ses premiers pas . Globalement sur de gros projets sans communauté et sans participation active des protagonistes, il est compliqué de mettre en place un projet de crowdfunding.

Actuellement 10 films à l’étude pour le « premier cercle ». De plus en plus de films ont besoin de soutien financier, l’idée du crowdfunding cinéma repose aussi là dessus.

Le modèle ‘premier cercle’ est le modèle auquel je crois aujourd’hui, après l’expérience P4C. Le succès de Noob montre l’importance et la force d’une communauté mais aussi le potentiel du crowdfunding.

Publicités
 
6 Commentaires

Publié par le 16/07/2013 dans Actualités

 

Étiquettes : ,

6 réponses à “Interview de Serge HAYAT

  1. jonath666

    17/07/2013 at 10:17

    Bravo pour cette interview. J’ ai trouvé les questions posées bien travaillées et très pertinente.

    Surprenant d’ apprendre que SND n’était pas à l’ origine des contrats à hausse des gains importants en cas d’ objectif atteint …..

    Bref. Très intéressant.

    Pour ma part la fin de P4C a mis fin à mes investissements dans le crowdfunding. Mais j’ai été ravis de lire les positions de Serge HAYAT ainsi

     
  2. jonath666

    17/07/2013 at 10:19

    que le dessous des tractations pendant la période où P4C existait. On peut juste regretter que cette transparence n’ait pas eu lieu plus tôt. Notamment pendant les nombreux mois où les internautes se posaient des interrogations sans avoir réellement de réponses …

     
    • cfcinema

      17/07/2013 at 19:52

      Merci pour ce retour. Très content que les questions plaisent !
      N’hésitez pas de faire la promotion de cet article, c’est très important pour moi, ces interviews prennent du temps (même si le plaisir de les faire est grand) !
      J’espère en publier au mois d’Aout !

       
  3. Erwan Le Belléguy

    24/07/2013 at 17:45

    J’aime beaucoup la manière dont il élude la question sur la courbe des gains…. Anna était à bonne école !

     
    • cfcinema

      24/07/2013 at 19:40

      C’est certain que c’est un élément sur lequel il ne veut pas communiquer en détail ! Mais cela me générait réellement si P4C n’avait jamais proposé de projets bénéficiaires.

       
  4. Milh0use

    26/07/2013 at 10:12

    Très bonne idée les interviews! A poursuivre… 😉

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :